« I’ve heard a rumor from Ground Control. Oh no, don’t say it’s true »

Berlin, avril-juin 2013 : l’exposition « The Whole Earth. California and the disappearance of the outside » qui se tient à la Haus der Kulturen der Welt revient sur le contexte d’apparition du Whole Earth Catalog en le resituant dans la longue histoire d’expansion coloniale et technique de la modernité occidentale.
En France, le livre de Fred Turner, « From counterculture to cyberculture » est enfin traduit. La photographie de la Blue Marble revient à la mode.

Mai 2013 : un informaticien américain de 30 ans, Edward Snowden, divulgue dans le quotidien britannique The Guardian, un ensemble de documents sur les programmes d’espionnage d’Internet des services de renseignements de la NSA, une fuite sans équivalent depuis l’affaire des papiers du Pentagone en 1971. La doctrine américaine du « monde clos »  élaborée pendant la guerre froide a encore de beaux jours devant elle.

Anthropocène. Le mot est sur toutes les langues et détrône celui de globalisation. Formulé et popularisé, dans la dernière décennie du 20e siècle, par les chercheurs Eugene F. Stoermer et Paul Crutzen, il désigne l’entrée dans une nouvelle ère géologique, une ère où l’espèce humaine devient, pour la première fois de son histoire, une force géophysique affectant le système terrestre.

2014 : l’accès à Internet via des terminaux mobiles devrait dépasser, selon les prévisions, celui effectué depuis des ordinateurs fixes. Nous n’allons plus sur l’Internet, c’est l’Internet qui vient à nous. Le mythe du monde virtuel à coloniser, dernier espace extérieur en date, a vécu. Nous sommes entrés dans un monde postinternet.

Lonely Planet : nous zoomons et dézoomons sur le globe virtuel, conscient de la toute-puissance de ce regard en surplomb qui nous est accordé. Nous circulons dans des villes fantômes d’images fixes, peuplées de populations sans visages. Il n’y a jamais eu autant de cartes et jamais aussi peu de personnes pour savoir les lire. Il n’y a jamais eu autant de zones d’ombres que depuis que le globe terrestre est surexposé. Exit la Blue Marble, place à Google’s Earth.