« Ground Control to Major Tom »

« All systems are go. All lights are green »1.

Cette phrase sans locuteur hante le film de Peter Hyams, Capricorn One.
Réalisé en 1977, soit quelques années à peine après la vague des grands classiques du cinéma de complot des années Nixon, brillamment analysés par Fredric Jameson, le film étouffe dans l’œuf toute velléité de pitch paranoïaque dès ses premières minutes. Le vol habité vers Mars n’a pas eu lieu. Tout a été filmé dans un hangar militaire désaffecté transformé en plateau de cinéma pour les besoins d’une opinion en manque de spectacle. Les astronautes sont déclarés morts lors de leur rentrée dans l’atmosphère. Exit les témoins. Exit les acteurs.

Capricorn One sonne le glas d’une époque, celle de la rhétorique de la guerre froide, et d’une course à l’espace, vers la « New Frontier » qui n’intéresse plus personne, anticipant d’une décennie cet effondrement de la réalité sur elle-même que relatent déjà les écrivains Philip K. Dick et James Graham Ballard et que Jean Baudrillard appellera, à leur suite, hyperréalité.

Le lancement, la même année, des sondes spatiales Voyager 1 et 2, chacune porteuse d’un Golden Record à l’attention d’éventuelles civilisations extraterrestres n’y changera rien.

Tout a pourtant bien commencé. La première photo du globe terrestre prise par le satellite américain ATS-3 en 1967 efface le camouflet soviétique de Spoutnik et porte la promesse de l’utopie réalisée d’une humanité unifiée par sa conscience planétaire. L’œil dans le ciel n’est plus celui d’une divinité toute puissante et insondable, mais l’objectif automatisé d’un appareil photo. Pour la première fois, regarder vers le ciel, c’est se regarder soi. Une observation forte comme l’écrit Peter Sloterdijk.

En 1968, l’image est reproduite en couverture de la première édition du Whole Earth Catalog du Californien Stewart Brand, future bible communaliste de la contreculture et accède rapidement au statut d’icône environnementaliste.

Pourtant, le Vaisseau Spatial Terre cher à Buckminster Fuller fera long feu, consumé par une globalisation économique qui ne dit pas encore son nom. Exit la planète, bienvenue dans la totalité du monde réel. Dorénavant, l’espace sera intérieur.

  1. « Tous les systèmes sont opérationnels. Tous les voyants sont au vert. »